Le traitement en allant plus dans le détail
   
 
 
 
 
 
 
 
 
Les marqueurs tumoraux
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Les Marqueurs Tumoraux

 
     
 
Marqueurs Tumoraux sanguins…De quoi parle t-on ?

En Biologie, le terme de Marqueurs Tumoraux (MT) correspond à des substances secrétées par la tumeur et passant dans la circulation sanguine (à la différence de l’anatomopathologie, discipline qui travaille directement sur un échantillon de la pièce tumorale).
La concentration sanguine d’un MT dépend en premier lieu de sa production par la tumeur elle-même, c’est-à-dire du nombre de cellules tumorales sécrétantes à un moment donné et de la capacité de la tumeur à exprimer le marqueur (différenciation tumorale) et à le libérer dans la circulation. La concentration dépend aussi de la capacité d’épuration du marqueur, qui met en jeu en général les fonctions rénales ou hépatiques. Les valeurs des MT ne sont pas soumises à une régulation par l’organisme, à la différence du Glucose ou du Potassium par exemple. Enfin, ces substances peuvent être modérément augmentées lors de maladies non cancéreuse (hépatite, cirrhose, bronchites, tabagisme, maladies inflammatoires diverses…).

Pourquoi dose t-on ces marqueurs tumoraux ?

- Les MT ne présentent aucun intérêt dans le dépistage des cancers fréquents, hormis quelques cas très particuliers,
- Les MT ne constituent pas un outil de diagnostic (sauf pour le cancer de la prostate ou du foie ou encore celui des testicules).
- Les MT peuvent quelquefois présenter un intérêt pronostic, c’est-à-dire quand le niveau de sécrétion permet de fixer le pronostic de la maladie et donc d’en adapter le traitement dans son intensité,
- Les MT aident à évaluer l’efficacité thérapeutique et parfois peuvent être utile pour la détection de rechutes. Cependant la répétition des dosages en période de surveillance est prise sur décision médicale.

Le dosage des marqueurs tumoraux : La prudence est de mise !

Le dosage des MT fait appel aux techniques d’immuno-analyse, qui mettent en jeu des réactions Antigènes-Anticorps. En l’état de l’art, ces dosages souffrent de problèmes de standardisation très difficiles à résoudre. Les préparations étalons sont basées sur l’immuno-réactivité, c’est-à-dire sur cette réaction antigène-anticorps, et non sur une activité biologique. C’est pourquoi il existe une grande variabilité de résultats entre les différentes méthodes disponibles sur le marché, bien que ces méthodologies soient en général de grande qualité. Il est donc impératif d’effectuer, pour un patient donné, son suivi dans le même laboratoire
Il est illusoire de vouloir comparer les résultats de MT avec des chiffres trouvés sur Internet, car on ne peut le faire que si l’on connait la référence de la technique utilisée. Le nomadisme biologique est donc à proscrire pour le suivi de ces dosages.

Le prélèvement sanguin pour le dosage de MT, chez les patients sous traitement doit être pratiqué avant chaque cycle dans certaines maladies et tous les trois ou quatre cycles dans d’autres. Tout dépend de la rapidité d’action attendue des médicaments et de la vitesse de croissance de la maladie. Il faut aussi savoir que certaines chimiothérapies en attaquant très vite les tumeurs aboutissent à un ‘relarguage’ des MT dans le sang (‘spike effect’) et donc à une ‘fausse’ augmentation des taux sanguins de ce ces MT. De même certaines interventions abdominales font augmenter les MT par réaction de l’organisme à l’acte chirurgical.

Comment peut-on et doit-on interpréter le dosage des marqueurs tumoraux ?

L’interprétation des résultats est exclusivement du ressort du médecin. Il est en premier lieu capital de mesurer la concentration du MT avant le traitement pour disposer d’une valeur individuelle de suivi, le patient devenant son propre témoin.

L’interprétation des taux sériques de marqueurs fondée sur la notion de cinétique (de décroissance ou de croissance) est plus sensible et pertinente que celle reposant sur la notion de seuil, et en effet seuls le biologiste et l’oncologue peuvent interpréter cette variation biologique des MT, car il faut prendre en compte le type histologique de la tumeur, l’état du patient, de sa fonction rénale, de sa fonction hépatique, le type de traitement, le « timing » de prélèvement, la méthodologie de dosage, faire la part des élévations non spécifiques, etc.…

Si le marqueur avant traitement était supérieur à sa valeur seuil, il doit en l’absence de maladie résiduelle se normaliser à la fin du traitement. Au cours du traitement, une augmentation du marqueur doit être supérieure à 20-25% pour être considérée comme un signe de progression. A l’inverse une diminution de 20% signifie que le patient est répondeur au traitement.

L’élévation des MT constitue en général le premier signe de rechute avant même que n’apparaissent les signes cliniques et radiologiques conventionnels. Actuellement, en associant cette surveillance avec des techniques performantes comme le scanner-TEP, on identifie la ou les métastases dans plus de 90% des cas ce qui permet d’anticiper et d’adapter le traitement des rechutes.

 
 
   
Dr Didier BRAULT
Service de Biochimie, Hôpital Tenon.
   
 
  D’après Pichon et al. : Surveillance biologique des cancers, Immuno-analyse et biologie spécialisée, 22(2007) 34-40  

     
       
maj : 11/03/2012
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